GRANDEUR ET DECADENCE
Selon une version bien établie, les ancêtres des habitants actuels du quartier Ndionène ou Ki ndione-ndione sont les fondateurs du village de Peycouck Sérère. Seulement, les nombreux témoignages ne donnent aucune précision sur leurs origines exactes. On retiendra simplement que les ndione-ndione à la tête desquels il y avait un patriarche sont arrivés à l’approche de la saison des pluies. Ils se sont établis, avec leur troupeau, à la périphérie Nord-est sur les champs du clan des Tine ou Tène Tène de Ngoumsane qui les aurait accueilli, sur autorisation, bien entendu, des chefs de la tribu trouvée sur place. Et comme l’hivernage approchait, l’urgence était de recouvrir les cases construites, nous dit-on, à la hâte. Faute de paille fraîche, les ndione ndione durent faire avec de la paille ayant déjà servi et appelée couck dans le dialecte locale. Par transposition, le terme a servi à désigner les nouveaux habitants.
Comme la plupart des clans de l’époque, celui des ndione ndione aura connu grandeur et décadence. Grandeur parce que la population a connu une telle croissance que les hommes ne pouvaient tenir sous un seul arbre à palabres pendant la période dite méridienne, entre les deux saisons. On imagine alors que l’espace était très exigu pour jouer au yoté, un jeu tracé sur le sable avec des bouts de bâtons comme pions à planter dans des sillons faits avec le revers de la main. Ce qui a donné la création de deux autres arbres à palabres appelés seuguou réservé chacun à un carré. Ainsi, il y a eu Félène, Nimrod et …..
La décadence viendra au 19ème siècle. Une méchante épidémie de peste a ravagé impitoyablement la grande famille des ndione-ndione. Les rares rescapés se comptaient sur le bout des doigts. Selon les témoignages, le clan aurait disparu, n’eu été une femme d’un âge certainement adulte prénommée Khémès qui aurait réarmé moralement les survivants, traumatisés par la perte de parents, les obligeant à reprendre goût à la vie et de garder l’espoir qu’un jour la grande famille allait s’agrandir. Ki ndione-ndione relevait peu à peu la tête hors de l’eau quand il fut, une fois de plus, touché par une seconde épidémie de peste entre 1916 et 1918. Alerté, le service d’hygiène colonial dû brûler les cases et isoler la population sur le côté Est du village.
Aujourd’hui, il ne reste plus que deux grandes familles. Il y a ki ndione-ndione Bouré (Boury) qui, approximativement, est demeuré sur l’un des emplacements qui abritait un des trois seuguou, et ki ndione-ndione Ngomack situé un peu au Nord, à côté du clan des Coundar-coundar.
Un autre trait de l’histoire attribut aux habitants de Ki ndione ndione une interdiction ferme de consommer du poisson. Nous y reviendrons après investigations.